Apremont est un vin poussé sur une catastrophe. En novembre 1248, la face du mont Granier s'effondra — l'un des grands éboulements de l'histoire européenne — ensevelissant villages et habitants sous un chaos de calcaire. La cicatrice domine toujours le vignoble ; le cru voisin s'en souvient sans détour, qui s'appelle Abymes. Avec le temps, la vigne colonisa les décombres laissés par la montagne.
Le cépage est la jacquère, qui ne prétend à aucune grandeur : à peine 10,5 degrés, herbes alpines, silex et fleurs blanches, à boire dans les quelques années qui suivent la vendange. C'est le vin de fondue par excellence — versé frais dans les chalets des stations contre le fromage fondu — et, sur son éboulis de 1248, l'un des terroirs les plus étranges de France.