Le carménère était un cépage bordelais que le phylloxéra chassa de sa patrie au XIXe siècle ; il survécut au Chili, arrivé par boutures pré-phylloxériques — et pendant quelque 140 ans, les Chiliens le cultivèrent et le vendirent comme du merlot. Le 24 novembre 1994, l'ampélographe français Jean-Michel Boursiquot, parcourant un vignoble près de Santiago, identifia ce « merlot » qui mûrissait avec des semaines de retard : le carménère perdu de Bordeaux.
Le Chili fit de l'accident une signature. Franc de pied, sur ses génétiques pré-phylloxériques, dans les contreforts andins — Apalta et la vallée de Colchagua en sont les vitrines — le carménère donne prune noire, épices et chocolat noir, avec un vert de feuille de tomate quand on le vendange pressé, et du velours quand on le laisse mûrir pleinement.